VOCABULAIRE CLINIQUE
Lexique de la psychotraumatologie
Préciser les mots pour mieux comprendre les expériences et les soins.
La psychotraumatologie étudie les conséquences psychiques des événements traumatiques et leurs traitements. Son vocabulaire rassemble des diagnostics, des manifestations cliniques et des concepts issus de différents modèles.
Ce lexique précise leur sens et leurs limites. Il ne constitue pas un outil d’autodiagnostic : l’évaluation clinique tient compte de l’histoire de la personne, de son environnement, de la durée des manifestations et de leurs répercussions dans la vie quotidienne.
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01 / REPÈRES CLINIQUES
Événements et diagnostics
Distinguer l’exposition, ses conséquences et les catégories diagnostiques.
01
Événement potentiellement traumatique
Événement exposant une personne à une menace grave pour son intégrité ou celle d’autrui. Pour le diagnostic de TSPT, le DSM-5-TR retient notamment la confrontation à la mort, à une blessure grave ou à une violence sexuelle, selon des modalités d’exposition précises. Une expérience douloureuse n’entre donc pas automatiquement dans ce cadre diagnostique, sans que sa souffrance soit moins légitime.
Référence [1]
02
Psychotraumatisme
Terme clinique désignant les effets psychiques d’une expérience traumatique. Il ne se confond ni avec l’événement lui-même ni avec un diagnostic unique. Les suites d’une telle expérience sont diverses : symptômes transitoires, TSPT, difficultés anxieuses, dépressives ou autres. L’exposition n’entraîne pas systématiquement un trouble durable ; l’évolution dépend de facteurs individuels, relationnels et sociaux.
Référence [2]
03
Trouble de stress post-traumatique — TSPT
Trouble associant, après une exposition traumatique, plusieurs ensembles de symptômes et un retentissement clinique significatif. Le DSM-5-TR distingue intrusions, évitements, altérations négatives des cognitions et de l’humeur, et modifications de l’activation et de la réactivité ; les manifestations durent plus d’un mois. La CIM-11 organise autrement ses critères, autour de la reviviscence dans le présent, de l’évitement et du sentiment persistant de menace actuelle. Les deux classifications ne sont pas strictement superposables.
04
Trouble de stress post-traumatique complexe
Diagnostic de la CIM-11 réunissant les manifestations du TSPT et des perturbations persistantes de la régulation émotionnelle, de l’image de soi et des relations. Il ne désigne pas simplement un TSPT « très sévère ». Une histoire de violences répétées ne suffit pas à le diagnostiquer : le tableau clinique doit répondre aux critères. Le DSM-5-TR ne le reconnaît pas comme diagnostic distinct.
Référence [3]
05
Trauma complexe
Expression décrivant principalement des expositions traumatiques répétées ou prolongées, notamment interpersonnelles, dans des contextes où s’échapper ou obtenir une protection est difficile. Elle renvoie à une configuration d’expériences et à leurs conséquences potentielles, plutôt qu’à un diagnostic autonome. Trauma complexe et TSPT complexe ne sont pas synonymes : l’un décrit une histoire d’exposition, l’autre un ensemble défini de manifestations cliniques.
Référence [3]
06
Trouble de stress aigu
Diagnostic du DSM-5-TR portant sur un ensemble de symptômes survenant après une exposition traumatique, pendant une période allant de trois jours à un mois. Il associe différentes manifestations intrusives, dissociatives, émotionnelles, d’évitement ou d’activation, avec une souffrance ou un retentissement significatif. Il ne correspond pas à toute réaction immédiate de détresse. Son évolution vers un TSPT n’est ni systématique ni nécessaire.
Référence [4]
07
Expression retardée
Spécification du TSPT dans le DSM-5-TR lorsque l’ensemble des critères diagnostiques n’est réuni qu’au moins six mois après l’événement. Des manifestations partielles sont parfois présentes auparavant. Cette notion ne signifie donc pas nécessairement une absence totale de symptômes pendant plusieurs mois, ni l’apparition soudaine d’un souvenir jusque-là inaccessible.
Référence [1]
02 / REPÈRES CLINIQUES
Manifestations post-traumatiques
Décrire les expériences sans déduire un diagnostic d’un signe isolé.
08
Intrusion
Survenue involontaire d’un souvenir, d’une image ou d’un autre contenu mental lié à l’événement, qui interrompt le cours de l’activité psychique. L’intrusion se distingue de la remémoration volontaire. Dans le TSPT, elle s’accompagne généralement d’une détresse. Elle ne suppose pas toujours une perte de contact avec l’environnement : la personne sait parfois très clairement qu’il s’agit d’un souvenir.
Référence [5]
09
Reviviscence
Expérience au cours de laquelle un aspect de l’événement est vécu avec une qualité de présence : le passé est éprouvé comme s’il se reproduisait maintenant. Cette dimension distingue la reviviscence d’un souvenir simplement pénible. Elle engage des images, des émotions ou des sensations, avec une intensité et un degré de désorganisation variables.
Référence [2]
10
Flash-back
Épisode de reviviscence à caractère dissociatif dans lequel la personne ressent ou agit comme si l’événement se reproduisait. Le contact avec la situation présente est plus ou moins altéré, jusqu’à une perte momentanée de conscience de l’environnement dans les formes les plus intenses. Un flash-back n’est donc pas le nom générique de toute pensée intrusive.
Référence [2]
11
Cauchemar post-traumatique
Rêve pénible récurrent dont le contenu ou la tonalité émotionnelle se rapporte à l’expérience traumatique. Il ne reproduit pas nécessairement la scène à l’identique. Les réveils, la détresse nocturne et l’appréhension de l’endormissement participent à son retentissement. Les cauchemars persistants justifient une évaluation spécifique, même lorsque d’autres manifestations du TSPT diminuent.
Référence [7]
12
Déclencheur ou rappel traumatique
Indice interne ou externe associé à l’événement et susceptible de réactiver une réponse de détresse : odeur, lieu, intonation, sensation corporelle ou situation relationnelle. Le lien avec le souvenir n’est pas toujours immédiatement identifié. La réaction ressentie ne démontre toutefois pas, à elle seule, la présence d’un danger actuel ni l’existence d’un événement passé précis.
13
Évitement
Efforts pour ne pas rencontrer les souvenirs, émotions ou situations associés à l’événement. L’évitement soulage parfois la détresse à court terme, mais son extension réduit les activités et entretient les difficultés. Il faut le distinguer des conduites de protection adaptées face à un danger réel : se soustraire à des violences actuelles n’est pas un évitement pathologique.
14
Hypervigilance
Surveillance accrue de l’environnement, orientée vers la détection d’une menace : observer les issues, contrôler les déplacements ou scruter les réactions d’autrui. Elle devient coûteuse lorsqu’elle persiste dans des situations suffisamment sûres. Son appréciation exige de considérer l’environnement réel ; une vigilance élevée n’a pas la même signification lorsque la menace demeure présente.
Références [2]
15
Hyperactivation
État d’activation accrue, décrit notamment par une tension, une irritabilité, une difficulté à se détendre ou une réactivité importante. Il ne se réduit pas à l’hypervigilance, qui concerne plus précisément la surveillance de la menace. Ces manifestations ne sont pas spécifiques du TSPT : leur interprétation demande de considérer le sommeil, les substances, les affections médicales et les autres troubles psychiques.
Références [10]
16
Réaction de sursaut exagérée
Réponse brusque et particulièrement intense à une stimulation soudaine, par exemple un bruit ou un mouvement inattendu. Elle se distingue de l’hypervigilance : le sursaut est une réaction immédiate, tandis que l’hypervigilance correspond à une surveillance prolongée. Un sursaut isolé ne suffit pas à caractériser un trouble post-traumatique.
Références [10]
17
Émoussement émotionnel
Réduction de l’accès aux émotions ou de leur intensité subjective, notamment pour les affects positifs. La personne décrit parfois une impression de vide ou d’éloignement affectif. Cette expérience ne signifie pas une absence d’attachement ou d’intérêt pour autrui. Elle se rencontre dans différents tableaux cliniques et ne doit pas être assimilée automatiquement à une dissociation.
Références [10]
18
Troubles du sommeil associés au psychotraumatisme
Difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, sommeil non réparateur ou cauchemars. Leur relation avec le traumatisme doit être examinée sans leur attribuer une cause unique. Une insomnie durable ou un autre trouble du sommeil demande parfois un traitement propre. L’amélioration du TSPT ne garantit pas, à elle seule, la disparition des difficultés nocturnes.
Références [7]
03 / REPÈRES CLINIQUES
Dissociation et mémoire
Préciser les phénomènes et les limites de leur interprétation.
19
Sidération
Terme clinique descriptif employé pour évoquer une inhibition brutale de la pensée, de la parole ou de l’action devant une situation vécue comme écrasante. Son usage varie selon les auteurs ; il ne correspond pas à un diagnostic autonome ni à un mécanisme neurobiologique unique. Il faut préciser ce que la personne a effectivement vécu, plutôt que confondre sous ce terme immobilité, dissociation et perte de conscience.
20
Immobilité tonique
Réponse involontaire d’inhibition motrice décrite notamment dans des situations de menace intense et d’impossibilité perçue de s’échapper. La personne rapporte une incapacité à bouger ou à parler malgré son souhait de le faire. Elle ne se confond ni avec une décision de rester immobile ni avec toute forme de sidération. L’absence de résistance motrice ne constitue pas un consentement.
Références [12]
21
Dissociation
Perturbation de l’intégration habituelle de fonctions telles que la conscience, la mémoire, la perception de soi ou de l’environnement. Ce terme rassemble des phénomènes différents, qui doivent être décrits précisément. Un sentiment de détachement, une amnésie et une discontinuité identitaire ne sont pas interchangeables. La présence d’un phénomène dissociatif ne suffit pas à diagnostiquer un trouble dissociatif.
Références [13]
22
Dépersonnalisation
Expérience de détachement ou d’étrangeté à l’égard de soi-même, de son corps, de ses pensées ou de ses émotions. La personne décrit par exemple l’impression de s’observer agir à distance. Il s’agit d’une expérience subjective, et non d’une sortie réelle du corps. Elle n’est pas spécifique du psychotraumatisme et ne suffit pas à identifier un TSPT.
Références [6]
23
Déréalisation
Impression que l’environnement est irréel, lointain, artificiel ou dépourvu de familiarité. Dans le trouble de dépersonnalisation-déréalisation, l’épreuve de réalité reste préservée : la personne reconnaît qu’il s’agit d’une modification de son expérience, et non d’une transformation objective du monde. Cette distinction participe au diagnostic différentiel avec certains états psychotiques.
24
Amnésie dissociative
Incapacité à rappeler des informations autobiographiques importantes, habituellement liées à des expériences traumatiques ou stressantes, qui dépasse l’oubli ordinaire. L’évaluation recherche d’autres explications, notamment neurologiques ou liées à des substances. Une lacune mnésique ne prouve pas, à elle seule, un traumatisme oublié. Le travail clinique accueille l’expérience rapportée sans présumer du contenu des souvenirs manquants.
25
Mémoire traumatique
Expression clinique dont le sens varie selon les modèles. Elle désigne notamment des souvenirs associés à une forte détresse, des intrusions ou une impression de revivre l’événement. Elle ne correspond pas à un diagnostic autonome ni à un enregistrement intact conservé séparément du reste de la mémoire. La vivacité, la fragmentation ou l’intensité émotionnelle d’un souvenir n’établissent pas, à elles seules, son exactitude factuelle.
26
Mémoire autobiographique
Ensemble des connaissances et des souvenirs relatifs à sa propre vie. Elle comprend des informations personnelles générales et des souvenirs d’événements situés dans un contexte. Son fonctionnement est reconstructif : se souvenir n’équivaut pas à lire un enregistrement. Une histoire traumatique n’implique pas systématiquement une mémoire fragmentée, et un récit cohérent n’exclut pas une souffrance post-traumatique.
04 / REPÈRES CLINIQUES
Culpabilité, honte et blessure morale
Différencier les affects, l’image de soi et la responsabilité.
27
Culpabilité post-traumatique
Sentiment d’avoir commis une faute, omis une action ou insuffisamment empêché ce qui s’est produit. Il s’appuie parfois sur une réévaluation rétrospective qui surestime les choix disponibles au moment des faits. Le travail clinique examine les contraintes, les informations alors accessibles et les responsabilités réelles. Ressentir de la culpabilité ne démontre pas que l’on est responsable.
Références [17]
28
Honte post-traumatique
Affect engageant la valeur attribuée à soi-même et la crainte du regard d’autrui. Là où la culpabilité concerne davantage un acte ou une omission, la honte touche l’identité : se vivre comme indigne, dégradé ou irrémédiablement altéré. Ces dimensions se chevauchent. La honte appartient à l’expérience subjective de la personne ; elle ne décrit pas sa valeur réelle.
Références [17]
29
Blessure morale
Souffrance liée à des événements vécus comme une transgression profonde de valeurs morales : actes commis, impossibilité d’agir, faits observés ou trahison par une personne ou une institution de confiance. Elle implique notamment culpabilité, honte, colère ou perte de confiance. Ce concept n’est pas un diagnostic psychiatrique autonome. Il partage certaines manifestations avec le TSPT sans s’y réduire.
Références [17]
05 / REPÈRES CLINIQUES
Approches thérapeutiques
Situer les objectifs et le cadre des interventions.
30
Psychothérapie centrée sur le trauma
Traitement dans lequel les souvenirs traumatiques et leurs conséquences occupent une place centrale dans le travail thérapeutique. Selon l’approche, les interventions concernent les souvenirs, les significations attribuées à l’événement ou les conduites d’évitement. Cette appellation recouvre plusieurs méthodes distinctes. Elle ne signifie ni raconter immédiatement tous les détails ni imposer une confrontation sans préparation et sans accord.
Références [18]
31
Thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma
Famille de traitements structurés travaillant sur les interactions entre souvenirs, interprétations, émotions et comportements. Selon le protocole, ils mobilisent notamment l’exposition ou l’examen des croyances concernant le danger, la responsabilité et soi-même. Ils ne cherchent pas à remplacer la souffrance par une « pensée positive ». Leur application repose sur une formulation clinique individualisée et des objectifs discutés avec la personne.
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Exposition thérapeutique
Démarche organisée et consentie d’approche de souvenirs ou de situations évités, dans des conditions adaptées. Elle vise notamment à différencier le danger passé de situations présentes suffisamment sûres et à modifier les apprentissages qui entretiennent la peur. Elle ne consiste pas à exposer la personne à une menace réelle ni à lui demander de supporter une détresse sans cadre thérapeutique.
Références [8]
33
EMDR
Psychothérapie centrée sur le trauma dont le nom anglais signifie Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Son protocole articule évaluation, préparation, travail sur des souvenirs ciblés et réévaluation, avec des stimulations bilatérales alternées. Son efficacité dans le TSPT est étayée ; l’explication précise de ses mécanismes reste discutée. L’EMDR ne se réduit donc pas aux mouvements oculaires et n’a pas pour objectif d’effacer les événements.
Références [19]
34
Retraitement
Dans le vocabulaire de l’EMDR, travail thérapeutique portant sur les souvenirs ciblés et sur les émotions, sensations et significations qui leur sont associées. Le terme appartient à un modèle de traitement ; il ne décrit pas directement un mécanisme cérébral observé chez chaque patient. Il ne signifie ni supprimer le souvenir ni modifier volontairement les faits, mais travailler sur la manière dont l’expérience continue d’affecter la personne.
Références [19]
35
Débriefing psychologique
Intervention précoce structurée centrée sur le récit d’un événement et sur les réactions qu’il a suscitées. Le débriefing psychologique systématique en séance unique, proposé à toutes les personnes exposées pour prévenir le TSPT, n’a pas démontré le bénéfice attendu. Il doit être distingué de l’écoute, du soutien pratique et de l’évaluation clinique. L’aide immédiate n’exige pas de raconter l’événement en détail.
Références [4]
POUR APPROFONDIR
Références et cadre de lecture
Les définitions diagnostiques s’appuient sur les distinctions entre le DSM-5-TR et la CIM-11 présentées par le National Center for PTSD. Les entrées consacrées aux traitements reposent sur ses synthèses des recommandations et des recherches. Les questions de mémoire et d’immobilité s’appuient également sur les ressources de l’American Psychological Association, les recommandations de la SAMHSA et les travaux cités sur l’immobilité tonique.
Ce lexique privilégie des définitions descriptives. Lorsqu’un terme relève d’un modèle théorique ou d’un usage clinique variable, cette limite est explicitée. Les manifestations présentées ne sont ni obligatoires après un événement traumatique ni suffisantes, isolément, pour établir un diagnostic.
[1] National Center for PTSD — PTSD and DSM-5
[2] Organisation mondiale de la Santé — Post-traumatic stress disorder
[3] National Center for PTSD — Complex PTSD: History and Definitions
[4] National Center for PTSD — Acute Stress Disorder
[5] National Center for PTSD — PTSD Basics
[6] National Center for PTSD — Dissociative Subtype of PTSD
[7] National Center for PTSD — Sleep Problems in Veterans with PTSD
[8] National Center for PTSD — Prolonged Exposure for PTSD
[10] National Center for PTSD — Common Reactions After Trauma
[11] Tonic immobility among survivors of sexual assault (2015)
[12] Möller et al. — Tonic immobility during sexual assault (2017)
[13] NHS — Dissociative disorders
[14] Cleveland Clinic — Depersonalization-Derealization Disorder
[15] American Psychological Association — The seven sins of memory, with Daniel Schacter
[16] Memories of Childhood Abuse: Dissociation, Amnesia, and Corroboration (1999)
[17] National Center for PTSD — Moral Injury
[18] National Center for PTSD — Overview of Psychotherapy for PTSD
[19] National Center for PTSD — Eye Movement Desensitization and Reprocessing for PTSD
